Auteur : nadezdavashkevich

  • Les baigneuses (ekphrasis en haïkus)

    Les baigneuses (ekphrasis en haïkus)

    Camille Pissarro, Les baigneuses, 1894

    La chemise de lin

    Frémit au vent, frôle la peau,

    Tombe sur l’herbe mouillée.

    Les flots sont troublants,

    Les pieds appréhendent le fond

    Si froid, si obscure.

    La rivière si fraiche

    Et ses baisers si ardents

    Par la chaleur étouffante.

    Les rires retentissent

    Sous les feuillages qui cachent

    Les baigneuses rieuses.

    Elles s’allongent dans l’ombre,

    Les herbes parfumées et drues

    Chatouillent leurs cuisses nues.

  • Pin méditerranéen

    Pin méditerranéen

    Aquarelle, 297×420

  • Pommes

    Pommes

    Pastel sur papier, 210×297

  • La ballade des pendus

    Frères humains qui après nous vivez

    N’ayez les cœurs contre nous endurcis,

    Car, si pitié de nous pauvres avez,

    Dieu en aura plutôt de vous mercis

    François Villon, 1489

    Sens-tu cette pluie

    sur toutes nos plaies ?

    Entends-tu cet orage

    dans nos cœurs en rage ?

    Vois-tu cette vague

    de nos rêves qui divaguent ?

    Frères humains, est-ce une blague ?

    On nous matraque

    de propos obliques

    d’une bouffonnade

    hypertrophique.

    Nous sommes des milliers en rade,

    y’en a t-il un ou une

    qui souhaite une guerre,

    qui aurait une terre

    promise

    ailleurs que la Terre

    soumise

    aux antigènes ubiquitaires ?

    dans leur éthique embryonnaire

    il n’y a pas une corde qui tique

    lorsqu’on tue

    des pays entiers

    Frères humains, nous sommes des milliers

    avides

    du rêve d’Ovide

    d’une métamorphose

    de ce monde en nécrose,

    j’vais vous dire

    mon délire

    dans la mire

    des avares

    mon cœur

    en pétard

    se déchire

    j’en ai marre

    j’me ballade des pendus

    qu’on laisse pourrir dans les rues

    dormir sur la dure

    lorsque

    les endurcis

    dorment dans leurs lits

    les pendus font les poubelles

    les endurcis s’empiffrent de croissance

    de la plus belle

    Ô !

    j’espère

    que ma nuisance

    sonore

    fera sauter

    leurs plombs de cœurs !

    cette odeur

    de misère

    de putréfaction

    que nous fuyons

    dans les wagons

    elle est aussi la nôtre

    quand l’humain

    pourrit dans l’âme

    une odeur infâme

    envahit le tombeau

    de la St. Lazare

    sur des centaines des yeux pas un seul regard

  • Tulipe

    Tulipe

    Aquarelle, 200 x 200

  • Calendula au soleil

    Calendula au soleil

    Dessin, crayons aquarelle, 210 x 290

  • Les roses s’écrasent par terre

    Les roses s’écrasent par terre

    Les roses s’écrasent par terre, leurs éclats

    Balafrent, éclaboussent le trottoir,

    Bourrent de pétales les gouttières à ras

    bord et bordent les terriers des rats.

    Le jasmin lacère l’air d’arôme acéré,

    L’insurmontable beauté de la terre

    Entaille la peau la plus dure comme le dard 

    Des hordes d’abeilles dont le dernier nectar

    Fut mortel. L’insupportable frénésie

    Du printemps qui s’achève en fanfare

    Rend fous et aimants les êtres vivants.

    Jusqu’à plus soif j’en boirais l’ambroisie

    Pour lambiner gaie et ivre tant que l’empreinte

    Сarbone ne me tende sa poudroyante étreinte.

  • Un slam pour la fête de fin d’année

    « Ta mère », « ta gueule », ta bouche, ta rage,

    Tes nattes, ton âge, tu me décourages

    Tu sèches, tu craches, tu cherches,

    Tu ne prends aucune perche

    Ni ton petit déj et tu es patraque

    Tu piges que dalle et me montres des fucks

    Tu déposes tes frangins à l’école primaire,

    Tu as onze ans, et tu m’exaspères

    Tu n’as jamais vu la Tour Eiffel

    Tu vis à 25 kilomètres d’elle,

    Et pourtant les cartes tu les adores,

    Ne sors jamais à l’extérieur

    De ton quartier,

    Tu me fais pitié,

    Venue de loin ou venue du coin,

    Tu n’espères point

    Voyager

    Tu colles tes fiches mais tu t’en fiches

    On a jugé

    D’avance

    Que tu n’auras aucune chance.

    Tu as la tête d’un chérubin mal tourné

    C’est sur la play que tournent tes journées,

    Tu traines dans la rue et fais les courses le dimanche

    Ton cadis est lourd, il ne faut pas que tu flanches

    Tes bagages sont lourds eux aussi

    Tu grandis dans un monde sans merci

    Tu ne me laisses aucune chance de t’aider

    Tu as onze ans mais ton cœur est ridé.

    Ton âge, ton visage, tes yeux malicieux, ta bouche, tu es cash

    Tu caches ton secret, tu te caches,

    Ta vie est trash,

    Tu n’as jamais appris de mots de douceur

    Tu fais de la musique avec un interrupteur.

    Et tu vas prendre des volts,

    Tu frôles la révolte.

    Et tes vacances dans cette chaleur,

    C’est d’une noirceur…

    Dans la suie, dans la sueur.

    Tu baisses le ton,

    Enlève ton veston,

    Où sont tes crayons ?

    Range ton téléphone,

    Et toutes les babioles,

    Tu es à l’école,

    Il y a des vols,

    Il y a des viols,

    Tes fiches tu les colles,

    Demande pardon d’avoir dit « ta gueule »

    Un jour tu prendras ton envol.