Auteur : nadezdavashkevich

  • On sort pour faire un tour…

    On sort pour faire un tour le long des quais,

    Franchit le pont jetant un œil en-dessous :

    Une longue barge tangue, pleine à craquer,

    Pousse un ballon vers l’horizon dissout.

    Nos pas s’accordent, sonnant sur le bitume,

    Le vent dissipe les bruits, brasse l’odeur

    Du pain, mêlée au réconfort de l’habitude,

    Et ton épaule me frôle, et ta chaleur

    Devient l’essence de la journée sereine.

    S’empressent les cyclistes, les joggeurs,

    Et les rameurs agitent avec vigueur

    Leurs avirons dorés. L’eau riveraine

    Coule lentement envers la confluence

    Où la rencontre est neuve, fusion pérenne.

    Les ondes vertes affluent, les jours s’égrènent,

    Nos mains se touchent, nos pas, mon cœur, avancent.

  • Sentir

    Sentir

    Aquarelle, 280×230

  • Nouvel an sous le dévers

    Les coupes à peine remplies de vin moelleux

    De leurres et songes de la nuit d’hiver,

    Devant la fenêtre ouverte à l’air frileux

    On trinque pour l’an nouveau sous le dévers

    Qui coupe à peine la profondeur du bleu

    Dans un recoin perdu de l’univers.

    Et quelques doux bonheurs au fond d’une malle,

    Et quelques fous espoirs au fond du cœur

    Nous tiennent au chaud par cette saison brumale.

    Dans la nuit givrée on hume la fraicheur

    De quelques vers anciens qui tissent la toile

    De nos destins battus et brulent nos ardeurs.

    Et rien n’est plus pérenne que l’éphémère

    De ce dévers percé de quelques vers.

  • Tu m’écriras

    « Tu m’écriras », lui dis-je.

    « Oui », acquiesça-t-elle.

    Le train démarra doucement, je marchai encore un peu le long du quai, en accompagnant son wagon, la regardant. On ne se plus dit un mot depuis. On s’écrit. Des lettres. Une, deux, trois, une dizaine, une centaine, chaque semaine, plusieurs fois par semaine. Des lettres à remplir tous les tiroirs de mon bureau, tous les rayons de ma bibliothèque. Des lettres à embaumer mon oreille, à enivrer mon sommeil, des lettres à boucher le conduit de ma cheminée, à absorber mes larmes. Des lettres à prendre de la poussière, des lettres à réciter par cœur. Des lettres à chérir, des lettres à déchirer. Des lettres à écrire, des lettres à attendre. Des lettres à espérer. Des lettres à regretter. En commençant par cette première…

  • Voyages

    À la compagnie XY

    La gravité ce n’est pas grave

    Sur les ailes du rêve

    On vole sans entraves

    On en fabrique à tour de bras

    Viens les essayer et tu verras

    Abracadabra

    Tu t’envoleras

    ***

    La houle souffle à travers la foule

    La houle roule la rouille des feuilles

    La houle murmure à ton oreille

    Insuffle l’amour dans ton sommeil

    L’amour murmure à ton oreille

    L’amour t’émeut et t’émerveille

    ***

    Une forêt de bras

    Un océan de mains

    Une pluie de voix

    Mille milliers d’humains

    Une tempête d’idées

    Une galaxie brodée

    De rêves de lendemain

    ***

    Il arrive qu’un rêve pousse si fort

    Qu’il perce le béton sous tes pieds

    Porté par sa poussée tu prends de l’essor

    Ton corps ta tête ton âme se mettent à tournoyer

    Et voilà soudain tu perds ton équilibre

    Inspires, vrilles, voles, te juches sur un nuage

    Sous un air mélodieux à l’air si libre

    De tes propres ailes t’amorces un voyage

    ***

    On est unis dans un univers de sons

    Ton souffle est le mien

    On a les mêmes poumons

    Que le vent remplit de parfums du monde

    On est unis dans un univers de sons

    Nos cœurs se battent à l’unisson

    Irrigués par le même sang

    Nos rêves sont effervescents

  • Glaïeuls rouges

    Glaïeuls rouges

    Aquarelle, 210×290

  • Pêcheur

    Pêcheur

    Aquarelle, 210×297

  • La berceuse pour un grand garçon

    Do, do, dors, mon trésor

    On n’était que deux dans un silence hurlé d’octobre,

    Dans le brouillard onctueux des jours chancelants.

    On marchait amassant les feuilles tombées, remuant la pénombre,

    Regardant les banquises s’emparer du fleuve rugissant.

    Do, do, dors, petit cœur

    On n’était que deux sous les grappes de sorbier, morsures béantes,

    Sous les feuilles de chêne gondolées, pagodes indiennes,

    Sous les feuilles d’érable, mains ensanglantées, mains acclamantes,

    Sous les feuilles de boulot, pluie dorée, incandescente,

    Sous les pattes velues des pins au souffle de résine,

    De quoi rêvais-tu, mon enfant, tétant ta tétine ?

    Des cols enneigés, des sentiers de silice,

    Des océans aux langues écumeuses, des mers d’huile,

    Des forêts à la perte de loup,

    Des myrtilles qui tâchent les paumes,

    Des ruisseaux  qui gèlent les chevilles,

    Des déserts parcourus par des serpents à la peau de soie,

    Du sable rouge, jaune, bleu et noir,

    Des arbres majestueux levant leurs bras,

    Des salines à la crinière écrue,

    Des fleuves battant la grande crue.

    Des chants de tous les peuples du monde,

    Des yeux aimants, des vallées profondes,

    Des visages aux rires éclatants,

    Des étoiles filantes, des terres heureuses.

    Do, do, dors, mon grand

    Tu grandis comme le jour de printemps.

    La nuit j’entre dans ta chambre, te regarde dormir,

    Et mes lèvres esquissent une berceuse.

  • Tu es une jonque…

    tu es une jonque aux voiles écarlates,

    enchevêtrée dans mes rêves,

    l’aorte qui galvanise mon thorax,

    mon axe

    majeur –

    la douceur de ta sueur salée

    sur mes papilles,

    le battement de ton cœur

    dans mon oreille,

    le parfum de ta peau

    mêlé

    à mes alvéoles –

    tu es le chant d’Éole

    dans mon sommeil,

    l’intrinsèque mystère

    d’un ruisseau tortueux qui parcourt la terre