Étiquette : poème

  • Fin août

    Fin août. Les mûres sauvages se coagulent aux ronces.

    Nous suivions les voies brulantes d’été jusqu’au zénith

    en quête d’une soif pas d’une réponse.

    Et nous avons atteint la fuite.

    Le chemin d’été s’effile.

    Une sente d’automne accueille nos pas.

    Et nous cueillons les baies sanglantes,

    portons aux lèvres desséchées le maigre repas

    La pulpe gicle, astringente.

    Au bout du chemin nous récoltons l’errance,

    le bourdonnement aux tempes et des ampoules,

    quelques pelotes de souvenirs à tricoter des pulls

    et des écharpes pendant l’hiver,

    et un criquet juché dans le bonnet.

    Dans nos deux solitudes enchevêtrées

    s’immiscent des épis de blé

    et le pollen des boutons d’or

    saupoudre nos sandales. Mais nous marchons encore.

    Enfin, le continent s’arrête au bout de la falaise,

    quelques îlots s’élancent et disparaissent

    dans une nue épaisse

    où seuls nos rêves naviguent sous les voiles.

    Une sphère géante mouille à l’horizon,

    et dans la brume s’embrasent les étoiles.

  • La berceuse pour un grand garçon

    Do, do, dors, mon trésor

    On n’était que deux dans un silence hurlé d’octobre,

    Dans le brouillard onctueux des jours chancelants.

    On marchait amassant les feuilles tombées, remuant la pénombre,

    Regardant les banquises s’emparer du fleuve rugissant.

    Do, do, dors, petit cœur

    On n’était que deux sous les grappes de sorbier, morsures béantes,

    Sous les feuilles de chêne gondolées, pagodes indiennes,

    Sous les feuilles d’érable, mains ensanglantées, mains acclamantes,

    Sous les feuilles de boulot, pluie dorée, incandescente,

    Sous les pattes velues des pins au souffle de résine,

    De quoi rêvais-tu, mon enfant, tétant ta tétine ?

    Des cols enneigés, des sentiers de silice,

    Des océans aux langues écumeuses, des mers d’huile,

    Des forêts à la perte de loup,

    Des myrtilles qui tâchent les paumes,

    Des ruisseaux  qui gèlent les chevilles,

    Des déserts parcourus par des serpents à la peau de soie,

    Du sable rouge, jaune, bleu et noir,

    Des arbres majestueux levant leurs bras,

    Des salines à la crinière écrue,

    Des fleuves battant la grande crue.

    Des chants de tous les peuples du monde,

    Des yeux aimants, des vallées profondes,

    Des visages aux rires éclatants,

    Des étoiles filantes, des terres heureuses.

    Do, do, dors, mon grand

    Tu grandis comme le jour de printemps.

    La nuit j’entre dans ta chambre, te regarde dormir,

    Et mes lèvres esquissent une berceuse.

  • La ballade des pendus

    Frères humains qui après nous vivez

    N’ayez les cœurs contre nous endurcis,

    Car, si pitié de nous pauvres avez,

    Dieu en aura plutôt de vous mercis

    François Villon, 1489

    Sens-tu cette pluie

    sur toutes nos plaies ?

    Entends-tu cet orage

    dans nos cœurs en rage ?

    Vois-tu cette vague

    de nos rêves qui divaguent ?

    Frères humains, est-ce une blague ?

    On nous matraque

    de propos obliques

    d’une bouffonnade

    hypertrophique.

    Nous sommes des milliers en rade,

    y’en a t-il un ou une

    qui souhaite une guerre,

    qui aurait une terre

    promise

    ailleurs que la Terre

    soumise

    aux antigènes ubiquitaires ?

    dans leur éthique embryonnaire

    il n’y a pas une corde qui tique

    lorsqu’on tue

    des pays entiers

    Frères humains, nous sommes des milliers

    avides

    du rêve d’Ovide

    d’une métamorphose

    de ce monde en nécrose,

    j’vais vous dire

    mon délire

    dans la mire

    des avares

    mon cœur

    en pétard

    se déchire

    j’en ai marre

    j’me ballade des pendus

    qu’on laisse pourrir dans les rues

    dormir sur la dure

    lorsque

    les endurcis

    dorment dans leurs lits

    les pendus font les poubelles

    les endurcis s’empiffrent de croissance

    de la plus belle

    Ô !

    j’espère

    que ma nuisance

    sonore

    fera sauter

    leurs plombs de cœurs !

    cette odeur

    de misère

    de putréfaction

    que nous fuyons

    dans les wagons

    elle est aussi la nôtre

    quand l’humain

    pourrit dans l’âme

    une odeur infâme

    envahit le tombeau

    de la St. Lazare

    sur des centaines des yeux pas un seul regard