Catégorie : Écriture

  • Les roses s’écrasent par terre

    Les roses s’écrasent par terre

    Les roses s’écrasent par terre, leurs éclats

    Balafrent, éclaboussent le trottoir,

    Bourrent de pétales les gouttières à ras

    bord et bordent les terriers des rats.

    Le jasmin lacère l’air d’arôme acéré,

    L’insurmontable beauté de la terre

    Entaille la peau la plus dure comme le dard 

    Des hordes d’abeilles dont le dernier nectar

    Fut mortel. L’insupportable frénésie

    Du printemps qui s’achève en fanfare

    Rend fous et aimants les êtres vivants.

    Jusqu’à plus soif j’en boirais l’ambroisie

    Pour lambiner gaie et ivre tant que l’empreinte

    Сarbone ne me tende sa poudroyante étreinte.

  • Un slam pour la fête de fin d’année

    « Ta mère », « ta gueule », ta bouche, ta rage,

    Tes nattes, ton âge, tu me décourages

    Tu sèches, tu craches, tu cherches,

    Tu ne prends aucune perche

    Ni ton petit déj et tu es patraque

    Tu piges que dalle et me montres des fucks

    Tu déposes tes frangins à l’école primaire,

    Tu as onze ans, et tu m’exaspères

    Tu n’as jamais vu la Tour Eiffel

    Tu vis à 25 kilomètres d’elle,

    Et pourtant les cartes tu les adores,

    Ne sors jamais à l’extérieur

    De ton quartier,

    Tu me fais pitié,

    Venue de loin ou venue du coin,

    Tu n’espères point

    Voyager

    Tu colles tes fiches mais tu t’en fiches

    On a jugé

    D’avance

    Que tu n’auras aucune chance.

    Tu as la tête d’un chérubin mal tourné

    C’est sur la play que tournent tes journées,

    Tu traines dans la rue et fais les courses le dimanche

    Ton cadis est lourd, il ne faut pas que tu flanches

    Tes bagages sont lourds eux aussi

    Tu grandis dans un monde sans merci

    Tu ne me laisses aucune chance de t’aider

    Tu as onze ans mais ton cœur est ridé.

    Ton âge, ton visage, tes yeux malicieux, ta bouche, tu es cash

    Tu caches ton secret, tu te caches,

    Ta vie est trash,

    Tu n’as jamais appris de mots de douceur

    Tu fais de la musique avec un interrupteur.

    Et tu vas prendre des volts,

    Tu frôles la révolte.

    Et tes vacances dans cette chaleur,

    C’est d’une noirceur…

    Dans la suie, dans la sueur.

    Tu baisses le ton,

    Enlève ton veston,

    Où sont tes crayons ?

    Range ton téléphone,

    Et toutes les babioles,

    Tu es à l’école,

    Il y a des vols,

    Il y a des viols,

    Tes fiches tu les colles,

    Demande pardon d’avoir dit « ta gueule »

    Un jour tu prendras ton envol.